LA LITURGIE PROTESTANTE

 

                                                                               

INTRODUCTION

Ce qui frappe lors du culte Réformé, c'est sa grande sobriété au regard d'autres confessions chrétiennes. Sa finalité est de nous préparer à recevoir ni plus ni moins que la Parole de Dieu. Dans ce culte une place primordiale est réservée à la prédication. En effet, si le récit biblique si divers est immuable, la Parole de Dieu portée par la prédication n'est pas convenue d'avance car là où la liturgie actualise la mémoire, la prédication ouvre un avenir. L'une est donc de l'ordre de la répétition et l'autre de la nouveauté. C'est pourquoi liturgie et prédication se complètent si bien dans le culte.

Lors de notre dernière réunion de l'équipe de rédaction de notre périodique « Courants », nous avons convenu de nous risquer à rédiger, sur deux ans, une série d'articles qui tenteront d'exposer le sens du culte en 13 étapes dont voici le déroulement suivant :

1. La salutation et l'accueil

2. La Louange

3. La volonté de Dieu,

4. La repentance et le pardon

5. La prière d'illumination

6. La prédication

7. La confession de foi

8. L'offrande

9. La Cène

10. La prière d'intercession

11. La bénédiction

12. Les annonces et l'après culte

13. Le chant

Pour les intéressés, ils pourront utilement consulter l'ouvrage qui nous a inspiré, intitulé « Le sens du culte » par le Pasteur Antoine Nouis (Editions Olivétan).

Prenez donc une Pasteure cévenole tombée toute petiote dans la marmite protestante et un paroissien passé à la Réforme il y a quelques années. Limitez l'article à une grosse page, histoire d'éviter l'indigestion. Laissez le champ libre au dialogue, histoire de ne pas s'assoupir. Le temps d'infuser cette méditation, nous espérons ainsi que vous nous accompagnerez dans cette (re)découverte du sens du culte protestant.

Outre leur publication dans « Courants », ces articles feront également l'objet d'une rubrique spécifique du site www.egliseprotestanterixensart.be/. Ainsi, visiteur de la toile, qui que vous soyez, ces réflexions pourraient peut-être modestement contribuer à comprendre la démarche étrange qui nous conduit le dimanche au culte de l'Eglise protestante de Rixensart.

Revenons à nos moutons et commençons donc par le commencement....

 

Pourquoi me rendre à l'office que tu présides bien souvent le dimanche au Temple de Rixensart ?

Spontanément, je répondrai tout simplement : par nécessité !

* C'est une grande respiration dans ma semaine, un apaisement et un ressourcement.

*C'est aussi pour la joie de t'entendre annoncer gratuitement et inconditionnellement chaque dimanche de la part du Seigneur que nous sommes aimables malgré tout.

* C'est aussi pour m'inscrire dans une histoire collective et personnelle d'espérance.

* Certainement pour être touché par l'actualité de la Parole que tu annonces. Que Celle-ci m'aide dans mes choix, me fortifie, m'appelle à avancer sur le chemin de la vie.

* C'est bien souvent un plaisir que de partager, de se soutenir et de chanter en communauté notre confiance.

* C'est enfin de repartir, nourri, pour la semaine qui vient.

 

Et toi, Sylvie, notre Pasteure, quelle importance prend pour toi le culte que tu présides ?

* Ma première réponse serait de dire que c'est mon travail ! Lorsque j'ai accepté le ministère pastoral au sein de l'EPUB, l'on m'a confié, entre autres, « la prédication de la parole de Dieu, l'administration des sacrements » (Article 4/1 de la Constitution et Discipline). Donc, même si j'ai l'impression que les dimanches sont très rapprochés et que je suis fatiguée, il est de ma responsabilité d'accompagner ma communauté ecclésiale tous les dimanches.

* J'ai un vif plaisir de me mettre à l'écoute de la Parole biblique pour en recevoir le message d'espérance, et je ne peux concevoir d'apporter quelque chose aux paroissiens sans être la première auditrice.

* J'éprouve un intérêt certain à travailler tous les aspects du culte qui sont d'une grande variété : choix des textes liturgiques, des cantiques, de la prédication, autant d'éléments qui demande du temps (une bonne journée de travail) et pas mal de lectures.

* J'aime sentir cet esprit de communion lors du culte, moment où nous sommes tous égaux dans cette soif commune d'écoute et de partage de la Parole divine.

 

 L'ACCUEIL

Sylvie : L'un des buts de la liturgie est de nous préparer spirituellement à recevoir la Parole de Dieu. L'ordre liturgique favorisant la répétition et la mémoire nous dit que Dieu vient vers nous et nous bénit.

Je ne méprise jamais la liturgie, bien au contraire, car dès la salutation et la grâce, je me sens dépositaire d'une mission, celle d'annoncer cette œuvre de réconciliation indépendamment de ce que nous sommes ou de ce que nous avons fait. La proclamation de la grâce et la paix en début du culte est déjà une bénédiction car Dieu nous réserve un accueil inconditionnel.

Dès le début de la célébration, je dois capter l'attention des fidèles pour faire comprendre l'invitation de la part du Christ à un temps de prière, de louange et d'écoute de l'Evangile. Evènement où notre intellect et notre spiritualité mais aussi le corps tout entier sont parties-prenantes. En suivant un ordre particulier, je propose un chemin pédagogique et spirituel qui assure la cohérence de l'ensemble du culte. Ainsi, tous sont présents devant Dieu pour être édifiés et pour former une communauté vivante.

En proclamant « Qui que vous soyez, quoi que vous soyez, la grâce et la paix vous sont données par Dieu notre père en Jésus-Christ notre sauveur et notre frère », j'apprécie de m'inscrire dans un héritage qui renvoie à ces nombreux témoins qui l'ont déjà fait avant moi. Dans la 1ère lettre aux Corinthiens (11/23), Paul le dit clairement : « ce que j'ai reçu, je le transmets ». Je peux m'inspirer des textes issus de la tradition ou proposer d'autres écrits qui permettent une meilleure appropriation.

 

Jean : Sylvie, en ouverture du culte dominical que tu présides, tu nous accueilles en annonçant la Grâce que Dieu nous fait, accueil inconditionnel qui est au commencement de tout. La liturgie protestante met tout spécialement l'accent sur la joie d'être en présence d'un Dieu qui nous reçoit gracieusement. Je ne me lasse pas de cette annonce qui est capable d'illuminer la journée et la semaine qui me sont données !

Vivre de cette bonne nouvelle d'un Dieu qui nous aime tels que nous sommes, sans avoir à prouver au préalable que nous sommes aimables, c'est pour moi unique. Nous n'avons donc pas à demander au Seigneur d'être présents parmi nous mais plutôt de lui être présents en ce moment privilégié de la célébration.

Nous pouvons lui offrir ce temps mis à part, nous remettre en toute confiance entre Ses mains et écouter de Sa parole. S'asseoir, écouter, faire silence, chanter, méditer juste pour entendre cette parole toute simple : « la Grâce est avec toi ! ». Oui, cela m'est indispensable de t'entendre dès le début nous dire de la part de Dieu que notre vie est précieuse pour Lui alors que nous pourrions parfois la trouver pauvre et dérisoire. Décidément, ce préambule libérateur du culte me plaît vraiment !

 

LA LOUANGE

Jean : Il me semble, Sylvie, que nous pourrions nous retrouver dans 3 dimensions complémentaires de la prière de louange :

La louange est d'abord une attitude spirituelle :

Pourquoi apprenons-nous à nos enfants à être polis ? Pourquoi sommes-nous sensibles à un bonjour ou un merci ? Par delà l'aspect formaliste, ces usages éveillent au sens de l'autre. Nous ne sommes pas seuls au monde. Nous bénéficions du travail, de l'attention et de la peine de beaucoup d'autres. Profitant de la science ou de la technique moderne, confronté à une bonne nouvelle, à une réussite importante, beaucoup ont tendance à conclure que c'est le fruit de la chance, du sort et du hasard. Le chrétien est invité, lui, à y voir des signes de la Grâce de Dieu. La foi en Dieu implique donc notre capacité à Lui rendre grâce pour ce qu'il y a de beau et de bon dans l'histoire.

La Louange est aussi protestation :

Même dans la peine et les difficultés, l'Eternel nous incite à la confiance. Ce n'est pas parce que nous sommes enfermés dans une mauvaise passe que, dehors, le soleil ne luit pas. La prière de louange est donc aussi une protestation qui nous décentre par rapport à notre condition humaine limitée par nature. La prière de louange a donc une fonction de protestation affirmant que la réalité de notre Dieu ne se réduit pas à notre vécu.

La louange est enfin confession de foi :

Si nous croyons que notre vie n'est pas une bulle de hasard mais qu'elle est précédée par le désir de Dieu et qu'elle aboutira à terme dans son amour, alors nous sommes appelés à cultiver en nous la gratitude.

 

LA VOLONTE DE DIEU

Jean : Comme l'écrit Antoine Nouis, il en va du rappel à la loi comme de la langue d'Esope ; ce peut être la meilleure ou la pire des choses. C'est pourquoi, les Réformateurs font la distinction entre 3 usages de la loi.

Première compréhension : la loi s'adresse à tous :

Quand il n'y a pas de loi pour réguler les conflits, c'est la loi de la jungle. Le Dominicain Lannenais résumait bien la question :

« Entre le riche et le pauvre, c'est la liberté qui opprime et la loi qui libère »...

Deuxième compréhension : la loi conduit à la Grâce :

Prudence ! Quand la loi devient religieuse, elle a tendance à se pétrifier pour se transformer en légalisme. Alors, elle fait de nous des pharisiens. Charles Péguy disait : « les honnêtes gens ne mouillent pas à la Grâce »...

Troisième compréhension : la loi comme conséquence de la Grâce :

Nous croyons non seulement que notre Dieu est, mais qu'il est avec nous ! Il nous aime inconditionnellement : c'est ce que signifie la Grâce, notion tellement centrale pour le protestantisme depuis ses origines. Le message de Jésus de Nazareth n'est pas la démonstration scientifique que son Evangile est Parole de vie. Il nous invite à en vivre et nous verrons qu'Il est Parole de vie.

Sylvie : Suite à ce que Jean vient de dire, nous observons que ce moment où se dit la volonté de Dieu est sans doute le plus susceptible de varier selon les paroisses et les officiants. Il y a aujourd'hui encore un débat sur cette place de la volonté de Dieu. On trouve 3 écoles dans la liturgie réformée qui ne traduisent pas des théologies différentes mais plutôt un souci de clarté.

1) La loi suit la louange et précède la confession du péché. Cette loi qui entraîne la confession du péché prend un rôle pédagogique. Face à loi de Dieu, l'homme ne peut que reconnaître son incapacité de suivre la loi par ses propres forces, qu'il lui est impossible de se dire juste devant Dieu.

2) Autre ordre de culte : la loi se place après l'annonce du pardon. On ne parle plus de loi mais de volonté de Dieu. En effet, il est question de réaffirmer que ce pardon que nous avons reçu transforme notre vie.

Pardonnés et libérés (le lien de subordination au pardon est clairement établi) nous pouvons écouter (le verbe « pouvoir » n'exprime pas un caractère optionnel mais une capacité : il faut vraiment avoir reçu la parole du pardon pour que cet envoi ait un sens) ce que Dieu veut pour nous (la volonté de Dieu n'est pas une décision arbitraire. Dieu n'a pas besoin de nous mais ce qu'il nous demande est pour notre bien, dans notre propre intérêt) et qu'il nous donne la force de faire.

3) Enfin, certains suppriment tout simplement cette partie de la liturgie. Même dans ce cas extrême, la volonté de Dieu pour nous reste exprimée dans la prédication et dans l'exhortation finale.

Quelle que soit la place de cette volonté de Dieu, nos différentes liturgies privilégient l'utilisation de textes bibliques afin de bien rappeler qu'ici, nous ne sommes pas face au code de conduite d'une Église mais devant une parole de Dieu.

Soulignons pour finir que chaque proposition prend le risque d'une mauvaise interprétation. Quand la loi précède et entraîne la confession du péché, celle-ci peut être perçue comme une liste de nos infractions de la semaine. Quand la volonté de Dieu suit l'annonce du pardon, il est facile d'y voir une condition à la grâce. Et l'absence pure et simple peut nous faire perdre de vue que le pardon de Dieu change notre vie.

 

LA REPENTANCE

Sylvie : dans la liturgie réformée, la repentance s'appelle aussi « confession des péchés ». En grec, le mot pécher signifie « se tromper de chemin, manquer son but ». Dans la Bible, le but de la vie humaine est de rendre gloire à Dieu par nos actes et nos paroles. Le péché est tout ce qui résiste à cette vie de Dieu en nous dont l'orgueil et la convoitise sont à la racine.

Une personne ne se connaît vraiment que lorsqu'elle a conscience de ses limites et ses ambiguïtés. C'est en présence de Dieu, qu'elle peut se présenter telle qu'elle est. Attention, confesser son péché ne veut pas dire raconter les bêtises que nous avons faites. C'est plutôt : - avoir le courage de la lucidité sur nous-mêmes ; - repérer les résistances que nous opposons à la vie de l'Evangile ; - ouvrir les différentes portes de notre vie à sa lumière et son pardon ; - déposer les peurs et les réticences qui nous empêchent de vivre dans notre foi. (Cf. Un catéchisme protestant d'Antoine Nouis, pp. 292-304)

Jean : Le mot « repentance » signifie en hébreux « retour et réponse » alors qu'en grec, ce même mot signifie « changement de pensée ». La repentance implique donc un retour vers Dieu, un changement de vie, de regard sur les gens et les choses. Ce n'est pas la peur de la perspective du jugement du Dieu-gendarme que l'on confondrait avec le surmoi psychanalytique qui devrait être moteur de notre repentance. La repentance découle de l'annonce de la Grâce de Dieu qui nous aime inconditionnellement, elle en est la conséquence. L'une des manières de rentrer dans la repentance consiste à reprendre tout simplement les 3 premières questions que Dieu pose à l'humain dans le livre de la Genèse : Où es-tu ? Pourquoi as-tu fait cela ? Qu'as-tu fait de ton frère ? Autrement dit : Où en es-tu dans ta vie, ta marche et ta foi ? Pourquoi vis-tu comme tu vis ? Dieu t'a confié tes proches, tes voisins, tes rencontres, qu'en as-tu fait ?

 

LE PARDON

Jean : Ici, nous sommes au cœur de notre foi. Si le pardon est un thème important pour les chrétiens, le protestantisme, à la suite de Luther que cette question taraudait, en fait certainement une affirmation centrale.

Bonhoeffer, célèbre théologien engagé jusqu'à en mourir, écrivait ce qui suit d'essentiel à ce sujet :

« Voici que la grâce de l'Evangile, si difficile à comprendre par les gens pieux, nous met en face de la vérité et nous dit :

Tu es pécheur incurablement, mais tu peux aller, tel que tu es, à Dieu qui t'aime. Il te veut tel que tu es, sans que tu ne fasses rien, sans que tu ne donnes rien, il te veut toi-même, toi seul...Réjouis-toi ! En te disant la vérité, ce message te libère. Dieu veut te voir tel que tu es pour te faire grâce. Tu n'as plus besoin de te mentir à toi-même et de mentir aux autres en te faisant passer pour sans péché. Ici, il t'est permis d'être un pécheur, remercie Dieu ».

Ainsi, en ces temps de manipulation médiatique, de télé réalité narcissique, de course à la notoriété, d'egos hypertrophiés, les chrétiens ont un trésor à proposer comme modèle. Le message du Pardon ne reste-t-il pas révolutionnaire pour notre temps ?

Question subsidiaire : Si Dieu est radicalement dans le pardon, à quoi bon tenter d'être vertueux ? Pour faire bref, il ne suffit pas de savoir que Dieu pardonne. Il faut vivre de ce pardon, en faire l'expérience. Celle-ci nous amènera à répondre à cet amour de Dieu en s'essayant à aimer en retour.

Sylvie : Cet élément de notre liturgie protestante me semble primordial et doit faire l'objet d'une distinction entre le pardon entre personnes individuelles et sociales et celui qui vient de Dieu.

Le pardon entre personnes de bonne volonté fait apparaître plusieurs limites : comment peut-il éviter d'être simple oubli ou excuse facile, humiliation de l'autre et bonne conscience de soi-même ? Par le pardon, comment ne pas provoquer une dette éternelle vis-à-vis de l'offenseur et une sorte de rupture des relations avec lui ? Bref, le pardon entre personnes est-il réellement possible par nos propres moyens?

C'est là qu'intervient le message révolutionnaire de l'Evangile : voici qu'en Jésus-Christ, je reçois un pardon gratuit, un pardon auquel je n'avais pas droit et qui ne m'a rien coûté. Et, moi croyant, je ne dois pas oublier, je dois me souvenir que je suis pardonné. Kierkegaard disait : « Le pardon du Christ est l'éducateur qui n'a pas le cœur de rappeler le passé oublié mais en fait pourtant souvenir, en disant : souviens-toi du pardon. Le passé n'est pas oublié purement et simplement, il est oublié dans le pardon. Chaque fois que tu te souviens du pardon, le passé est oublié, mais quand tu oublies le pardon, alors le passé n'est pas oublié ».

En me pardonnant sans m'humilier, Dieu renonce à faire justice, à l'exercice de sa toute puissance et à une exigence de rétribution. En Jésus-Christ, Dieu s'abaisse vers moi pour pouvoir me rencontrer et m'ouvrir ainsi un nouveau chemin de vie. En me redirigeant vers le Vivant et m'associant à son Alliance, je peux commencer une vie neuve non accablée par le souvenir, le remord, la culpabilité. Je renonce aussi à me réaliser par moi-même, comme un sujet indépendant et autosuffisant. Je découvre que j'ai besoin de l'Autre pour être moi-même : non pas un être égal à Dieu et cherchant à dominer mon prochain mais pour ouvrir une nouvelle relation de service.

Par le pardon initiateur de Dieu, je romps la chaîne de la violence et je reçois réconciliation et paix véritables.

 

LA PRIERE D'ILLUMINATION

Jean : Ainsi s'exprime Ezéchiel : « J'entendis une voix qui parlait. Elle me dit : Fils d'homme, tiens-toi devant car je vais te parler. Après qu'elle m'eut parlé, un esprit vint en moi ; il me fit tenir debout ; alors j'entendis celui qui me parlait. Il me dit : Fils d'homme, je t'envoie ... vers eux ; tu leur diras : ainsi parle le Seigneur » (Ez. 2/ 1-5).

Cette démarche audacieuse dont parle le prophète, c'est ce que la tradition réformée appelle « le témoignage intérieur du Saint-Esprit ». C'est le Saint-Esprit qui nous convainc de l'autorité de la Bible. C'est le même Esprit qui a inspiré les auteurs bibliques et qui nous inspire aujourd'hui pour nous faire entendre la parole de Dieu derrière les mots de la Bible. La Bible n'est pas un message doctrinal, c'est la source d'une parole vivante, une histoire qui s'adresse à notre histoire. Que veut nous dire Dieu à travers notre lecture ? Par la prière d'illumination, nous demandons à l'Esprit Saint d'éclairer notre lecture pour qu'elle devienne, pour nous, Parole de Dieu. C'est cette Parole, et pas la sienne, que l'officiant osera porter ensuite par sa prédication.

 

LA PREDICATION

Sylvie : La prédication est l'action de répandre la Bonne nouvelle. Le mot provient du latin prædicere, « dire devant », faire un discours public. Dans la tradition réformée, il s'agit d'une lecture actualisée d'un passage de l'Ecriture biblique. D'après l'encyclopédie du protestantisme, elle repose sur quelques convictions fortes :

« 1) La Bible en tant que porteuse de la Parole de Dieu a été confiée à l'Eglise pour être proclamée ;

2) dans un contexte différent, le prédicateur poursuit aujourd'hui l'entreprise des auteurs bibliques. Son ministère d'interprète est rendu possible par l'action du Saint-Esprit ;

3) la prédication fidèle de la Parole de Dieu peut-être assurée du même effet que cette Parole ;

4) avec la cène, la prédication constitue l'essentiel du culte. » (p.1112)

Autant dire que prêcher est un acte incontournable et vital dans la vie d'un pasteur ou un prédicateur laïc ! Ils doivent cependant prendre en compte les multiples changements de statut de la prédication dans le culte et dans la vie de l'Eglise. Présente depuis le début du christianisme, la prédication a commencé via les discours de Jésus ou de Paul qui respectaient une certaine rhétorique. Puis elle s'est modifiée à la réforme avec des pasteurs qui prêchaient plus d'une heure ! En faisant un pas de géant, arrivons jusqu'à notre époque post-moderne, avec son heure de gloire du zapping et de l'attention flottante qui nécessitent des prédications plus courtes, moins techno-scientifiques et plus sensibles.

Quoi qu'il en soit de son adaptation au fil des siècles, la prédication ne peut pas se passer de la participation effective du croyant au culte. Autrement dit « elle est un moment de parole vive qui ne peut avoir lieu dans toute sa plénitude si tous, fidèles et prédicateurs, n'y prennent part ensemble et en même temps » (Bernard Reymond). Certains paroissiens m'ont confiés avoir apprécié la lecture d'une prédication ou l'écoute d'un culte radio-diffusé à leur domicile, avec ce gros bémol d'un manque cruel de dimension communautaire et fraternelle caractéristique au culte dominical.

Quelques remarques rapides sur le prédicateur :

- Tout d'abord, il perçoit la Bible comme porteuse d'une Parole de vie à travers les témoignages humains qui la constituent. Il l'interprète et l'actualise par des outils théologiques et à l'écoute de la culture contemporaine. L'Ecriture biblique se fait ainsi Parole vivante qui nourrit et guide notre foi. C'est par l'action de l'Esprit qu'elle devient une « bonne nouvelle » nous permettant de recevoir dans notre cœur les bienfaits de Dieu.

- Il important de se rappeler que « nous ne nous prêchons pas nous-mêmes » (2 Cor.4/5). Notre but n'est pas de nous faire valoir, ni d'avoir du succès, encore moins d'utiliser la prédication pour exposer nos états d'âmes personnels. Non, nous devons ouvrir un chemin pour que Dieu regagne du terrain dans le cœur, la conscience, l'intelligence et la volonté de la personne. En reprenant les paroles de Jean le Baptiste au sujet du Christ, « il faut qu'il croisse et que je diminue » (Jean 3/30).

- Il est à l'écoute de Dieu et du monde. C'est-à-dire qu'il tourne son regard vers les origines, les traditions des textes bibliques situés dans un contexte temporel et géographique précis mais aussi vers le monde actuel et les questions existentielles de ses fidèles. Le prédicateur ne peut pas travailler dans l'abstrait. Il a besoin d'une communauté pour prendre corps. Ce va et vient dynamique met ainsi en valeur la vérité toujours vivante de l'Evangile et l'aujourd'hui de Dieu dans la vie de chacun.

Jean : Luther disait de la prédication : « Laisser agir Dieu et sa Parole. Les cœurs des hommes ne sont pas en mon pouvoir. Je ne les ai pas en main pour les manier à mon caprice. Je vais jusqu'à l'oreille. Pas plus loin. Le cœur échappe à mon emprise. Ne pouvant y verser la foi, je n'ai nul besoin de forcer et de contraindre. Dieu seul, en se donnant au cœur, peut lui donner vie. Annonçons donc la Parole et abandonnons l'issue à Dieu ». Ainsi donc, le prédicateur est appelé à suffisamment de foi en l'Esprit saint pour croire que la Parole fait son œuvre dans le cœur de son Eglise. Pour cela, il ne suffit pas de répéter la Bible, il faut encore l'interpréter, l'expliquer et actualiser son message à partir de la miséricorde de Dieu et de sa justice. Quelle Parole de grâce vais-je trouver dans un récit et à quelle conversion m'appelle-t-il ?

Pour le pasteur ou le prédicateur laïc, comment ne pas se poser la question de sa légitimité, de l'audace qu'il y a de se risquer à prêcher? Je m'en référerai à ce sujet à ce qu'écrivait Michel Barlow dans son petit livre « Le bonheur d'être protestant », publié chez Olivétan. Il cite tout d'abord 2 Corinthiens 3/18 : « Nous tous, le visage découvert, réfléchissons comme un miroir la gloire du Seigneur » ! Et poursuit : « Quelles que soient les limites de son intelligence et même de sa foi, chaque chrétien est un reflet, même incertain, du Christ. Le secret de la prédication c'est d'amener les auditeurs à entrer en dialogue par eux-mêmes avec la Parole de Dieu. La prédication se contente d'espérer révéler à chacun, si possible, l'interpellation personnelle du texte biblique qu'il recèle en lui. Il s'agit de révéler au sens photographique du terme, soit faire apparaître une image latente sur un papier sensible préalablement impressionné par la lumière. L'auditeur avait peut-être entendu une telle interpellation de sa foi, mais il l'avait oubliée. Ou encore, la façon dont le prédicateur a personnellement entendu les appels de l'évangile tombent sur un terrain favorable... ou le créent. Cette parole était depuis si longtemps attendue, consciemment ou non, et l'auditeur l'accueille avec joie. Chercheurs de Dieu en quête d'inaccessible mais nourris par la Parole, les fidèles, en conjuguant leurs propres écoutes, renforcent mutuellement leur foi, laquelle n'est pas un lot de certitudes mais un mouvement, la recherche confiante d'un Vivant ».

 

LA CONFESSION DE FOI

Sylvie : toutes les confessions de foi chrétiennes tentent de répondre à la question que Jésus pose aux disciples : "Et vous, qui dites-vous que je suis?" Ce "vous", c'est nous tous mais dans le cadre du culte, c'est la communauté entière qui doit répondre à cette question et affirmer qu'elle est une Eglise de Jésus-Christ pour aujourd'hui mais qu'elle tient aussi compte de l'histoire de l'Eglise.

C'est à l'époque patristique que des confessions commencèrent à être formulées en réponse à des conflits théologiques virulents. Elles visaient à affirmer publiquement certaines vérités doctrinales pour en réfuter d'autres. Ainsi, suite à différents conciles ont émergé des confessions qui viennent marquer des identités singulières contre d'autres jugées fausses ou erronées.

La Réforme n'y échappe pas, proposant des credos tout au long de son histoire (mentionnons seulement la confession belgica de Guy de Bres). Plus tard, les Eglises réformées chercheront à exprimer des versions plus modernes dans un soucis de trouver des formules plus actualisantes face aux réalités de notre société. Une grande diversité de confessions existe donc aujourd'hui mais elles disent toutes le même souhait d'être témoins d'une mémoire et d'une espérance qui se trouve en Dieu seul.

Pour finir, prendre position pour Dieu dans notre langage humain en rappelant avec des formules simples les coordonnées essentielles de notre foi, c'est aussi accepter nos imprécisions ou erreurs de formulation et donc de correction possible de celles-ci.

Jean : Nous recourons à 2 registres différents lorsque nous exprimons notre foi : soit nous formulons un ensemble d'affirmations que nous vivons comme vraies (par exemple : je crois que Dieu est... Christ est ressuscité...). Soit, nous exprimons la foi comme notre démarche de confiance.

Ainsi, la confession de foi, comme temps liturgique, s'inscrit dans ces 2 registres :

La confession de foi comme vérité : elle définit un cadre à l'intérieur duquel s'inscrit la foi d'une Eglise particulière.

La confession de foi comme acte de confiance : la foi est la protestation de l'espérance malgré tout ce qui, dans notre monde, nous pousse à désespérer et à abandonner la fidélité.

La participation au culte est une façon de nourrir, d'entretenir cette foi. La déclaration de foi est une façon de se porter les uns les autres. C'est un acte profondément communautaire.

 

LA CENE

Jean : « Faites ceci en mémoire de moi ». A travers le partage d'un peu de pain et de vin, la Cène fait mémoire. La mort de Jésus n'est pas qu'une injustice, elle est la marque d'un Dieu qui va jusqu'au bout du don de lui-même pour l'humanité. Célébrer la Sainte-Cène, c'est faire mémoire de ce don. En rassemblant des hommes et des femmes qui n'ont d'autres vertus que d'être des pécheurs pardonnés parce qu'aimés inconditionnellement. La Cène est une belle représentation de l'Eglise, corps du Christ.

Sylvie : Je voudrais commencer par cette réflexion de Jean Vannier : "La pire des inventions, c'est le self service : chacun avec son petit plateau, sa petite bouteille de vin, son sachet de sucre et parfois même de sel et de poivre comme dans les avions. C'est affreux d'obliger chacun à manger et à boire la même quantité que les autres et à le faire tout seul. C'est tellement plus humain d'avoir une grande bouteille et que chacun se serve selon ses besoins, attentif à ce que l'autre ait ce qu'il lui faut, prêt à laisser la meilleure part pour le voisin. Le repas n'est plus alors un acte solitaire, égoïste ou triste, mais devient un temps où chacun donne, partage et aime". N'est-ce pas comme cela que les communautés d'origines ont commencé à vivre des agapes communautaires, en rappel des repas de Jésus avec ses amis ou disciples qui marquaient l'importance de l'hospitalité sans réserve envers chacun?

Depuis, la cène du Seigneur a subit de grands changements, tant dans sa forme (la cène s'est ritualisée dans la liturgique dominicale et a remplacé les repas communautaires) que dans sa compréhension (elle est le centre du culte pour les catholiques ou bien elle est "un élément fondamental mais pas incontournable" pour les protestants) que par sa fréquence (cela peut aller d'une fois par semaine/quinzaine ou par mois ou encore seulement 4 par an lors des fêtes chrétiennes).

Revenons vers Luther qui souligne que la cène " n'est rien d'autre qu'un testament et un sacrement dans lequel Dieu s'engage avec nous par une promesse et nous accorde grâce et miséricorde "

De ce fait, il n'y aucune condition préalable pour participer à ce sacrement qui est "signe visible d'une grâce invisible". C'est effectivement un don gratuit où nous sommes tous conviés, quelque soient nos origines, notre âge, notre condition sociale,... C'est un accueil total au cours duquel l'officiant (qu'il soit pasteur ou laïc mandaté) oriente la communauté par des gestes, des symboles et des paroles de grâce si précieux pour nous!

Rajoutons que la majorité des Eglises protestantes pratique aussi l'hospitalité eucharistique, soulignant ainsi que la cène du Seigneur est "ouverte" parce que c'est le Seigneur qui invite et qu'en aucune façon, les Eglises en sont les propriétaires.

 

LA PRIERE D'INTERCESSION

Sylvie : tout au long de nos réflexions, nous avons vu que la structure du culte liturgique protestant est principalement axée autour de la prière. Mais qu'est-ce qui distingue la prière d'intercession des autres prières?

Selon les réformateurs, c'est une réponse de la communauté à la parole annoncée lors de la prédication et au désir des chrétiens de suivre le ministère de Jésus, son intercession pour les disciples et même pour ses ennemis. Le métropolite A. Bloom rappelle " 'qu'intercéder' ne signifie pas parler au Seigneur en faveur de ceux qui se trouvent dans le besoin; intercéder veut dire : "faire un pas", un pas qui nous porte au coeur de la situation; un pas qui, une fois fait, nous interdit de nous 'désengager' ".

A travers cette prière particulière, j'aime beaucoup le fait d'intercéder et d'exprimer ma solidarité singulière en communion avec toutes les autres églises qui, de manière universelle, intercèdent dans une même foi pour les autorités gouvernantes, pour la paix et la justice dans le monde ou encore pour la sauvegarde de la création. Notre prière s'ouvre donc à la pratique de l'amour du prochain et la prise en charge de celui-ci.

Prier, n'est-ce pas briser la chaine de l'indifférence face aux tragédies de ce monde et crier sa souffrance à Dieu dans l'attente d'une justice, une réconciliation et la paix?

Jean : C'est vrai, habituellement, face au mal, la réponse des humains est soit l'évitement, soit la résignation, soit la révolte. Le christianisme refuse de fermer les yeux face au mal mais propose une troisième réponse : la prière. La prière d'intercession, c'est se tenir debout devant le mal, les mains ouvertes. Nous pouvons le faire parce que nous savons que notre Dieu a habité le mal, son Fils en est mort mais le Père l'a ressuscité. Jésus nous invite à veiller et à prier. Si Dieu nous demande de lui dire le monde et de le dire au monde, qui sommes-nous pour penser que ce n'est pas utile ? L'utilité de la prière ne se mesure pas. La question de l'exaucement ne nous appartient pas, cela relève de Dieu.

La prière est un acte d'amour et de solidarité pour l'humanité dans sa diversité infinie. Le théologien protestant Bonhoeffer écrivait : « quand je prie pour un frère, je ne peux plus, en dépit de toutes les misères qu'il peut me faire, le condamner ou le haïr. Il prend au cours de l'intercession l'aspect du frère pour lequel le Christ est mort, l'aspect du pécheur gracié ». La prière des uns pour les autres est une façon de bâtir une communauté, que ce soit dans l'Eglise, la famille, nos proches ou le travail.

 

L'ENVOI ET LA BENEDICTION

Sylvie : De même qu'il est important de bien commencer le culte, il est aussi important de bien le finir! Désormais prête à se disperser, l'assemblée écoute encore une dernière parole liturgique de clôture qui est brève et comporte un envoi et une bénédiction. L'envoi est celui d'aller dans le monde pour vivre la foi et en rendre témoignage. Quand à la bénédiction, elle atteste pour la communauté que la paix de Dieu accompagne chacun des membres dans sa mission. Le verbe "bénir" rythme l'A.T et le NT nous disant que notre vie est placée par Dieu sous le signe de sa bénédiction, c'est-à-dire sa présence au milieu de nous. L'Eglise fait confiance à cette parole et vit de cette promesse.

Notons que le culte est primordial car il permet à des frères et soeurs de témoigner d'une même soif d'écouter une parole de vie. Mais en lui-même, il reste une action inachevée tant que les paroles bibliques ne sont pas vécues et concrétisées dans le monde et dans notre quotidien. D'où l'importance de l'envoi et la bénédiction laquelle est accompagnée d'un geste symbolique fort, les mains et bras levés et ouverts qui cherchent à transmettre toute la force des paroles de bénédiction prononcées au nom de Dieu. Ce geste s'inspire d'une bénédiction de Jésus sur ses disciples à l'Ascension : " Puis il les amena jusqu'à Béthanie et, levant les mains, il les bénit " (Luc 24/50)

Jean : Si nous arrivons au culte avec nos soucis, nous le quittons avec un bagage aussi précieux que léger que nous confie notre pasteure de la part de Dieu pour retourner dans la vie de tous les jours: « J'ai encore une dernière chose à te dire : reçois ma bénédiction ! Va avec la force que tu as !» Entendre que le Seigneur me bénit tel que je suis, dans ma vie et mes relations devrait m'éclairer pour ma semaine afin que je devienne, à mon tour, porteur de bénédiction pour les autres.

Comment finir ces petits articles destinés à vous faire parcourir avec nous le déroulement du culte Réformée tel que nous le vivons en communauté à l'Eglise protestante de Rixensart sinon en appelant la bénédiction de Dieu sur votre vie et vos familles, sur vos actions et vos relations, sur vos rêves et vos projets....

 

LES ANNONCES

Jean : Le culte se clôture par le temps des annonces qui est l'occasion d'informer la communauté des activités d'Eglise à venir, mais aussi d'être attentif à la vie de chacun, de partager les nouvelles, les joies et les peines des uns et des autres. C'est ce qui fait de notre Eglise une assemblée de frères et sœurs appartenant à la même famille sans s'être choisis. En effet, nous ne nous sommes pas choisis les uns les autres, nous sommes invités à nous recevoir comme des dons de Dieu parce que nous sommes tous enfants du même Père.

Sylvie : les annonces marquent une évidente dimension diaconale du culte et elles soulignent la dimension du "faire" de l'ensemble de la communauté. Partager des informations sur sa vie est l'occasion de mettre en relief certains évènements qui touchent la vie de tous, afin qu'il y ait information, réflexion et possibilité d'intercession et d'action diaconale. Les annonces sont donc aussi le signe d'une paroisse vigilante qui n'hésite pas à s'investir dans la résolution des problèmes dans le monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Protestantisme en Belgique.

 

« Les protestants en Belgique », Courrier hebdomadaire du CRISP 1994/5 (n°1430-1431), p. 1-66.